Pour terminer sur notre séjour à Okinawa, je voudrais souligner quelques spécificités qui font d'Okinawa une région très particulière au Japon avec une culture différente de celle que nous connaissons lorsque nous pensons au Japon.
Commençons par la cuisine.
Mis à part le "taco rice" dont j'ai parlé en introduction de notre voyage, voici deux autres plats typiques d'Okinawa et que l'on trouve partout :
- le "champuru" : ce mot signifie "sauté" dans la langue locale. Le "goya champuru" est l'un des plats les plus populaires dans lequel ce légume très amer est sauté avec du tofu, des oeufs,
du porc (ou du porc en conserve; influence américaine). C'est bon, mais en fait, cela me rappelle la Chine.
-
les"Okinawa soba" : ce sont des pâtes au blé; donc plus proches des râmen que des soba (au sarrasin) - pour ceux qui connaissent. Elles sont servies dans un bouillon avec différentes garnitures.
Les "soki soba" sont particulièrement appréciées avec pour garniture principale, le porc.
D'autres plats plus petits sont aussi très courants :
- le "rafute"; à base de porc bouilli des heures pour le rendre tendre - il fond littéralement dans la bouche. Chaque morceau est assez épais et cuisiné dans de la sauce soja et du
bouillon de poisson (et parfois dans de l'awamori, un alcool local). C'est très savoureux. Autrefois, c'était l'un des plats réservés à la cour royale des Ryûkyû, mais, depuis, il est devenu tout
à fait commun.
- les "umibudô" (littéralement : "les raisins de la mer"), le nom est parfaitement trouvé lorsque l'on voit la photo. A l'intérieur de chaque petit grain, il y a un liquide un peu
salé. La préparation est simple; généralement, les "umibudô" sont servis avec du vinaingre ou de la sauce de soja.
En ce qui concerne les boissons, évidemment il y a une bière locale, l'awamori et le sanpin-cha (thé au jasmin) mais dont le parfum est moins prononcé qu'en Chine.
Sur le Monde, j'ai trouvé un article qui résume assez bien la cuisine à Okinawa. Voici le lien : link
Autre particularité d'Okinawa : la langue, évidemment.
Bien évidemment, tout le monde parle le japonais standard (surtout avec une étrangère), mais même sans échanger avec les habitants, on note un certain désir de conserver leur langue. Par exemple, la plupart des magasins de souvenirs affichent le mot "mensôre" - signfiant "bienvenue" - et qui se dit "irasshaimase" en japonais standard.
La langue d'okinawa appartient à une branche différente de celle dont est issu le japonais. Elle fait partie des langues Ryûkyû composées de plusieurs dialectes. Mais c'est le shuri qui s'est imposé puisqu'il est devenu la langue officielle du royaume des Ryûkyû à partir du 15-16ème siècle.
Ce qui différencie essentiellement la langue japonaise du dialecte Shuri au niveau phonétique, c'est la transformation des voyelles "e" et "o" en "i" et "u". Par exemple, "ame" (la pluie) en japonais se dit prononce "ami" en Shuri. Il existe aussi des différences dans les consonnes (le "k" devient "ch"; "yuki" - la neige - en japonais se dit "yuchi" en Shuri).
D'autre part, beaucoup d'expressions n'ont rien à voir avec le japnais standard - comme le mot "bienvenue" que j'ai cité plus haut - ou "merci" ("arigatô) qui devient "nife de biru".
Une
autre spécialité locale, c'est le "bingata", signifiant en langage local "le style rouge". C'est une méthode de teinture au pochoir caractérisée par des couleurs très vives avec divers motifs,
reproduisant généralement des éléments de la nature (des poissons, de l'eau, des fleurs...). Les vêtements issus de ce procédé sont désormais portés lors de spectacles artistiques ou de
reconstitutions historiques puisque le bingata est apparu pendant l'ancien royaume des Ryûkyû. Il aurait été créé selon les méthodes de teinture indiennes, chinoises et javanaises.
Puisque j'évoquais les spectacles, un élément important des spectacles traditionnels est la musique. L'un des instruments typiques d'Okinawa est le "sanshin".
Signifiant littéralement "trois cordes", il est à l'origine du "shamisen" japonais. C'est une sorte de banjo à trois cordes - cela va sans dire- dont la caisse de résonance est recouverte
d'une peau de serpent. Son inspiration est très probablement chinoise car il ressemble beaucoup au "sanxian" et l'on connaît les échanges très importants entre les Ryûkyû et la Chine.
Pour terminer ce petit aperçu rapide de la culture locale, je voudrais présenter les "utaki".
Ce sont des sites sacrés importants dans la croyance animiste des habitants d'Okinawa puisque c'est dans ces lieux qu'ils rendaient hommage aux divinités et aux ancêtres. Il me semble que cette religion était assez proche du shintô puisqu'elle mettait l'accent sur le culte de la nature. En effet, ces sites se trouvaient généralement au milieu des bois et se caractérisaient par la présence de nombreux rochers.
Par rapport à la religion, j'ai été étonnée par les tombes à Okinawa. On en voit beaucoup sur les collines et elles sont surtout remarquables par leur taille. Encore une fois, cela me rappelle beaucoup la Chine où il est très courant d'apercevoir dans la campagne des champs et des collines parsemées de tombeaux.
Certaines tombes à Okinawa ont la forme du dos d'une tortue. Il est possible que cette forme de tombe vienne de Chine puisqu'elle fut adoptée à l'époque des Ryûkyû lorsque le royaume
faisait beaucoup d'échanges avec la Chine. En outre, dans l'empire du milieu, la tortue était considérée comme un animal sacré.
Voilà quelques aspects de la culture à Okinawa que je tenais à évoquer. J'ai certainement oublié plein de choses; mais c'est aussi cela le plaisir du voyage. Des souvenirs, des flash-backs nous reviennent et on repart au loin, en pensée.
Ainsi donc s'achève mon récit sur Okinawa. Comme vous le voyez, Okinawa, ce n'est pas seulement des plages paradisiaques. Il y a beaucoup d'éléments culturels, gastronomiques et historiques spécifiques d'autant plus intéressants si l'on connaît la Chine ou le Japon et encore mieux si l'on est familiarisé avec les deux (ce qui est mon cas, si je puis me permettre de le souligner modestement).
Au final, l'archipel d'Okinawa est-il plus proche de la culture japonaise ou chinoise ? Pour moi qui venait directement de la Chine, je peux affirmer que cette semaine à Okinawa m'a fait du bien car elle me changeait que ce soit au niveau de l'attitude des gens ou de la qualité des services et de l'accueil. Ensuite, pour ce qui est de la culture et des traditions, indéniablement, la Chine a fortement influencé la région; mais ce qui est visible aujourd'hui est tout de même différent ce que l'on voit en Chine.
A Okinawa, on se sent au Japon sans être sûr d'y être vraiment; tout y est familier mais rien n'est tout à fait semblable.
Je conseille fortement à ceux qui aiment le Japon d'y faire un tour car ils retrouveront ce qu'ils aiment au Japon mais en se sentant dépaysés !

A Okinawa, vous pouvez voir et goûter une sorte de citron : le "shikuwasa" - le citrus depressa.
C'est un agrume amer et acide très utilisé dans la cuisine locale.
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